La paracorde 550 est la corde la plus répandue de l’équipement du quotidien. Elle le mérite en partie, et l’essentiel de ce qu’on raconte sur elle tient à un malentendu sur un chiffre.
Une corde de parachute
Elle est née pendant la Seconde Guerre mondiale comme suspente de parachute, en nylon. Les parachutistes américains ont vite pris l’habitude de récupérer les suspentes après le saut : légères, souples, solides, elles servaient à tout le reste. L’usage a survécu à la guerre, la corde est devenue un classique de l’équipement, et elle est même partie en orbite — un équipage de navette l’a utilisée en 1997 pour réparer une isolation du télescope Hubble.
La référence précise est une spécification militaire américaine, MIL-C-5040 puis MIL-DTL-5040, qui définit plusieurs types de cordelette. Le type III est celui qu’on appelle « 550 ».
Ce que « 550 » veut dire, et ce que ça ne veut pas dire
550 est une charge de rupture exprimée en livres : environ 250 kilogrammes. C’est la traction statique qui fait céder une corde neuve, sèche, droite, en laboratoire. Rien d’autre.
Ce n’est pas une charge de travail. Un nœud peut retirer 20 à 50 % de cette résistance selon le nœud, une corde usée, pliée ou frottée en perd davantage, et une charge qui arrive d’un coup n’a rien à voir avec une charge posée. Dans le monde des cordes, on travaille avec une marge de l’ordre du dixième de la rupture. Quelques dizaines de kilos, donc, et jamais pour tenir quelqu’un.
L’âme et la gaine
La paracorde 550 fait environ quatre millimètres de diamètre et se compose de deux parties. À l’extérieur, une gaine tressée en nylon, souple et résistante à l’abrasion. À l’intérieur, l’âme : sept à neuf brins indépendants, chacun formé de deux ou trois fils torsadés.
C’est cette structure qui fait tout l’intérêt de la corde. Une gaine vide sert de lacet ou de cordon ; un brin d’âme extrait sert de fil à coudre, de ligne, de lien fin ; la corde entière sert de corde. Une seule longueur donne trois diamètres d’usage.
Le compte des brins est aussi le test le plus simple pour juger une corde : une 550 conforme en a sept au minimum. Une corde vendue pour telle qui n’en contient que quatre ou cinq, ou dont l’âme est en polypropylène raide, est une imitation. Beaucoup de ce qui se vend sous le nom de « paracorde 550 » n’a jamais vu la spécification militaire.
Pourquoi elle est partout en EDC
Parce qu’elle est légère, qu’elle tient les nœuds, qu’elle ne pourrit pas et qu’elle se tresse. Le tressage, justement, est ce qui permet de la porter sans la porter : une dragonne, un bracelet ou un porte-clés tressé range plusieurs mètres de corde dans un objet de quinze centimètres, récupérables en la détressant.
C’est le principe de nos deux modèles. La corde y est pliée et tressée serré, les perles en alliage coulissent sur les brins, et le mousqueton tient l’ensemble. Ce que la corde vous servira une fois défaite, c’est l’objet du chapitre suivant de notre article sur l’usage d’une dragonne.
Ce qu’elle ne fait pas
Elle n’est pas un équipement d’escalade ni d’assurage. Une corde dynamique d’alpinisme est conçue pour absorber une chute et testée pour ça ; le nylon de la 550 s’allonge sous charge, mais rien dans cette corde n’est certifié pour retenir une personne. Ce n’est pas une question de marge, c’est une question de nature.
Elle n’aime pas non plus la chaleur : le nylon fond. Pratique pour sceller une extrémité d’un coup de flamme, embêtant près d’un foyer ou d’un pot d’échappement. Mouillée, elle devient plus lourde et un peu plus raide ; en plein soleil pendant des mois, la gaine se délave et perd de sa résistance.
Dernier point d’honnêteté : une dragonne n’est pas une trousse de survie. Avoir deux mètres de corde dans la poche est utile le jour où il manque deux mètres de corde. Ça s’arrête là.
Les runes gravées sur nos perles sont des symboles historiques : nous ne leur prêtons aucun effet, et nos porte-clés ne sont pas des équipements de sport ou de levage. Voir les porte-clés et dragonnes.